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Douze nuits à la rencontre d'un cerf

(partie 1)

(5min de lecture)

L’automne s’approchant, les nuits d’affûts se multiplient naturellement sur un des secteurs ou j’observe une population renaissante de cerfs et de biches de temps à autre. Cet animal tant imposant soit-il, sait se faire très discret tout au long de l’année mais trahit son imperceptibilité lors de la période du rut en se faisant entendre par celles et ceux qui la nuit tendent l’oreille aux creux de l’obscurité des forêts. Je perçois le premier raire déchirer le silence vers 03h00 du matin à une cinquantaine de mètres alors que je passe ma troisième nuit d’affût en l’espace d’une semaine. 

L'approche des biches

Le lendemain soir, deux biches sortent de l’épaisseur du bois dans lequel elles semblent passer leurs journées en cette période. Elles s’approchent si près de mon appareil que j’ose à peine le déclencher pour ne pas risquer de les faire fuir bêtement. Je ne fais que 4 où 5 photos et profite de ce bel instant jusqu’à ce que la nuit soit entièrement tombée.

Me trouvant donc sur le bon secteur, je choisis d’emprunter le même chemin chaque jour pour me poster au pied de la même cime tous les soirs. Cumulant les soirées, les nuits, et les levers de soleil au creux de ce vieil arbre, c’est durant les longs kilomètres à pieds qu’il m’arrive parfois, au milieu de la nuit, ou sous la pluie automnale, de me demander pourquoi je m’entête à poursuivre cette quête? Qu’es qui dans le fond me fait quitter mon lit à 03h00 du matin ou me pousse à rentrer au milieu de la nuit le ventre creux? Jusqu’ici je n’ai pas encore de réponse claire à cette question… Mais peu importe, une seule chose ne compte pour l’instant…Voir des cerfs sans qu’ils ne perçoivent ma présence.

Le face à face

Le soir suivant, me voyant marcher au bord de la route, un ami me propose de me pousser en voiture pour rejoindre la forêt. Même si souvent je refuse ce genre de propositions, ce soir là, les nuages menaçants me font accepter. (Merci à toi si tu lis ces lignes).

Après avoir passé deux heures au pied de mon arbre, j’entends un peu de bruit dans les feuillages derrière moi. Un renard sans doute, ou un blaireau tout au plus…Le bruit se rapproche gentiment… Je sors doucement un oeil de derrière mon tronc. Mon coeur s’arrête et mon cerveau rappelle à mes poumons de continuer à respirer.

Un gros dix cors est en train de se délecter de feuilles de hêtres à quelques mètres. Il est parfaitement calme et silencieux! Depuis le sol sur lequel je suis assis, il me parait gigantesque. Je peux voir ses poils, sa nuque, ses immenses bois et l’échine de son dos si musclés… Je comprend alors toute la puissance de cet animal qui d’habitude se déjoue toujours de mon regard…Il est Magnifique!

Le vent lui est contraire et il ne peux donc pas me sentir. Après de longues secondes il relève la tête tout tranquillement et plonge son regard au fond du mien… Il est à trois mètres et le temps n’est plus qu’une illusion. En une étincelle, je vois son oeil changer en tentant de faire la netteté sur ma « silhouette » qui fait parfaitement corps avec son vieux sapin. Surpris, il bondit sur ses pattes arrières pour retourner se dissimuler sous la végétation. Je sens le sol trembler fortement.

Je me lève sans bruit et sors doucement un oeil par l’autre côté de l’arbre en pensant qu’il a déjà détalé… Merde!

Mais, curieux comme un cerf, il me fait face, le cou tendu entre les branches pour essayer d’identifier ce que je suis. Je lève mon objectif tout lentement et n’étant pas certains de mes réglages, je déclenche une photo avant qu’il ne disparaisse comme il était apparut. Libre, furtif et discret… Bien que je n’apprécie guerre les portraits d’animaux sauvages, la photo est tout de même bonne.

Je me rassois à ma place et y reste sans bouger pour regarder le noir tomber au pied de mon arbre avant de me glisser dans mon bivouac. La sensation mitigée d’avoir eu la chance de pouvoir l’observer d’aussi près et la culpabilité désagréable de m’être trouvé sur son chemin m’interroge sûr ma démarche. Je déteste me faire remarquer par les animaux que je cherche à observer mais je sais bien que ça fait partie de l’aventure et que je ne suis malheureusement pas transparent, ni inodore. 

Pour laver ma culpabilité, en pleine nuit, la pluie se met à tomber au milieu des éclairs. Les flashs font rosir le sous bois tout entier ainsi que les troncs vacillants sous les fortes rafales du vent. Distrait, j’avais omis de regarder la météo avant de partir ce soir là… qu’importe…La nuit est toujours belle, même sous la pluie!

Au matin, je replie mon matériel sous une rincée froide et me mets en marche pour parcourir les kilomètres qui me distancient de mes enfants. J’oublie la pluie et marche d’un bon pas car je suis impatient de leur conter cette fabuleuse rencontre pour leur petit déjeuner de ce dimanche matin. L’odeur du café fumant qui m’attend à mon retour me fait vite oublier le froid et je pense déjà à ma prochaine sortie de demain.

La suite dans l’épisode 2

Jean-Loup Fuchs