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Douze nuits à la rencontre d'un cerf
(Partie 2)

La 1ère partie de l’article se trouve ici

(5min de lecture)

La pluie

Après la pluie d’hier soir, mes affaires n’ont pas eu le temps de sécher correctement mais je retourne tout de même sous mon arbre dès le soir tombé en restant persuadé  qu’un cerf finira bien par se montrer dans l’angle où je l’attend depuis ces dix derniers jours. La fatigue me fait confondre les soirs et les heures et pour occuper mon esprit, j’utilise un bloc de papier en tentant d’y reproduire la beauté du sous-bois avec de l’aquarelle. Je ne suis pas vraiment satisfait du résultat mais il se pourrait que ça devienne une parfaite occupation lors de mes heures d’affût à venir. Je ne vois rien bouger et le froid causé par l’humidité de mon matériel m’empêche de fermer l’oeil convenablement cette nuit là.

Pause d'un soir

Le soir suivant, je reste à la maison pour me reposer un peu et c’est au tour de Laure de profiter d’aller prendre ma place au pied de l’arbre voisin du mien. Ne retrouvant pas l’endroit exact, elle déploie son matériel de peinture un peu plus loin sur le même secteur. Elle rentre vers 22h00 le sourire aux lèvres pour me raconter qu’elle se trouvait assise sûr une souche pour dessiner et que deux cerfs se trouvaient à quelques mètres et bramaient à tour de rôle. Refusant de se lever pour ne rien déranger, elle pouvait apercevoir les empaumures de leurs bois dépasser à peine de l’épaisseur de la végétation. Les cerfs ont ensuite fondu dans l’épaisseur de la forêt et Laure a regagné notre foyer de nuit. 

 

Brames dans le noir

Le lendemain, nous retournons bien évidement sur place ensemble dans l’après-midi. Deux heures après notre arrivée, un mâle sort dans l’obscurité sans faire de bruits pour passer devant nous. Il s’agît du même que l’autre soir mais je n’arrive pas à faire le focus sur lui car il fait trop sombre. Laure quand à elle ne le voit pas passer car elle s’est installée de l’autre côté de son arbre pour dessiner et guetter de l’autre côté de mon dos. Je ne peux pas briser le silence pour lui dire ce qu’il se passe. Le cerf est à 20 mètres de mon poste et je peux distinguer le dessous de son ventre au travers des feuillages dans le noir de la forêt. Quelques minutes plus tard, nous nous extirpons des racines de nos sapins et une petite « frustration » nous gagne presque…mais soyons raisonnables, c’est déjà exceptionnel de savoir ces animaux occupants à nouveaux nos forêts jurassiennes…N’en demandons pas trop!

Dans le noir, les brames de Trois individus nous accompagnent alors que nous regagnons gentiment la lisière de cette vieille forêt. L’intensité de l’instant nous fait chuchoter un long moment alors que nous marchons le coeur légers sous la lourdeur de nos sacs, en direction de chez nous sous la compagnie de la lune…Quelle belle soirée, vivement demain!

Instant figé

Ce soir, à part la pluie, je ne vois rien. Mes affaires sont à nouveau détrempées…la fatigue gagne sur mon moral le long du chemin du retour.

Le soir suivant, c’est sous une forte pluie que je me questionne sur le sens exacte de ma démarche. Qu’es que je recherche vraiment dans ce sous-bois? Suis-je vraiment à la rechercher d’animaux où es seulement moi-même que je cherche à retrouver ici? Je n’en sais rien…qu’importe…Ce soir, le vent est bon et la pluie atténue les bruits que je pourrais faire, même détrempé, j’ai toutes mes chances! 

Les aiguilles de ma montre indiquent qu’il est l’heure d’être attentif. Rien d’autre n’a d’importance que de garder l’oeil ouvert et l’oreille réceptive. Il pleut et la lumière semble tomber plus vite que d’habitude. Je pense que ça devrait faire sortir des animaux… Mais que sais-je?

Subitement, deux biches apparaissent dans la végétation, je colle mon visage sur l’oeilleton de mon appareil, enlève mes lunettes détrempées, et c’est en balayant mon champ de vision que j’aperçois le blanc vif des andouillers qui coiffe la tête de ce nouvel arrivant. Il s’arrête subitement de courir et c’est à gorge entièrement déployée qu’il fait savoir a quiconque habitant ces lieux qu’il est prêt à en découdre avec le moindre concurrent qui oserait se tenir devant lui.

Il est là… Il est magnifique et le son de ses entrailles occupe tout l’espace forestier !

Il s’agît du même individu qu’avant hier, et voilà plus de 15 jours que je l’attend ici. Je me surprend a presque prier pour que cette force de la nature reste quelques instants devant moi.

« – Reste mon beau » m’entend-je murmurer sous cette petite bâche qui m’abrite à peine. 

Toi, ce seigneur revenu conquérir ton royaume jurassien qui fût si longtemps privé de ta présence…Reste devant moi…Reste que je puisse te regarder!

A toi !

Je t’avais tellement rêvé que de te voir de retour sûr ces terres me remets silencieusement à ma petite place et à mon rang d’être humain. Jusqu’ici je n’aurai que trop rarement su déjouer tes sens pour pouvoir t’observer calmement. 

Tu es apparus comme dans un rêve, avec les lumières du crépuscule, qui une fois retombées repoussent les humains loin des forêts. Le temps s’est arrêté et tu te tiens quasiment immobile à quarante mètres de mon arbre. Tu ne perçois ni mon odeur, ni ma présence. Je me demande presque inquiet à quel moment tu va te fondre dans le végétal pour à nouveau disparaître. Les deux biches se sont réfugiées sous le couvert de la forêt et toi tu es là, seul, sous la pluie battante, comme pour surveiller ton royaume.

Plus rien ne compte désormais sauf le calme du présent que je voudrais pouvoir capturer.

Les minutes s’égrainent calmement dans le silence. J’oublie la pluie et mon appareil photo… Je te regarde… 

La nuit finit par gagner sur les lumières et je dois replier mon matériel et quitter cette forêt…Encore…

Toi, tu es toujours là, et c’est grâce à l’obscurité et au bruit de la pluie que je range mes affaires en m’efforçant de réduire mes mouvements et mes bruits au maximum. Ma montre indique que tu es resté sur place plus de cinquante minutes…

Un instant, un souffle, une douce éternité  en ta compagnie… J’en aurai conservé quelques images…

 

Fût un temps où hommes et bêtes étaient liés aux secrets des sous bois, et toi, le gardien de ces lieux, c’est sans t’en douter que pour un instant, dans les lumières du soir, tu a été le reflet des meilleures parties qui constituent mon être et qui me rendent vivant. Que sais-je vraiment du monde qui m’entoure si ce n’est que je n’aurai jamais assez de temps pour le découvrir et le comprendre suffisamment.

Sûr la pointe des pieds, je te tire ma révérence alors que dans le noir, tu retournes aux mystères de ton royaume…

En écrivant ces quelques lignes, je comprend qu’ il y’a tout juste un an je croisais ton regard curieux et ton oreille abimée pour la première fois… Mais, cette histoire là, je l’écrirais un autre jour…

Merci mon bel ami…A une prochaine fois peut-être…Qui sait?

Jean-Loup Fuchs

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